Proverbes du Minervois

L'enfance

Parallèlement à l'éducation qui leur a été donnée à l'école, nos témoins ont reçu à la maison un enseignement en occitan.

Selon la conception pédagogique de la civilisation occitane, un véritable apprentissage programmé de la langue doit débuter vers l'âge de deux ans. C'est à l'aide de textes socio-éducatifs que les parents font prendre conscience à l‘enfant qu'il a un corps. Ils lui enseignent notamment le nom des doigts (18) (19) . L'apprentissage des couleurs fait aussi partie des premiers enseignements (15) (16) (17). Par le jeu verbal, on va lui faire connaître le monde environnant. La connaissance de la nature lui est transmise à travers des formules qui la nomment et la définissent. Chaque animal a sa formule : le merle (8), la pie (9), la cigale (10), la mésange (11), la caille (12), le coucou (13), le coucou et la mésange (14).

Ces textes peuvent aussi se présenter sous forme de devinettes qui ne sont en fait qu'un maniement plus subtil des significations. Jusque là,1'enfant n'avait qu'à assimiler ce qu'on lui apprenait; maintenant, un effort intellectuel lui est nécessaire. Ces devinettes se réfèrent toujours à la réalité familière comme l'indiquent les thèmes rencontrés : la vache (20), le poisson (21), l’œuf (22), la marmite (23), Le verrou (24), le toit (25), le puits (26), le bas (27), les trous (28) ...

Pour aider l'enfant à acquérir une parfaite maîtrise du langage, une autre méthode est employée. Elle consiste à faire répéter à l'enfant des phrases difficiles à prononcer (29).

En même temps que la langue,on apprend à l'enfant des règles du comportement social qui sont exprimées à l'aide de textes rythmés. L'éducation morale est basée sur des interdits. Elle use de moyens de pression tels que la satire et la peur. Une fillette qui s’oublie sera victime de l'ironie des autres (30). Les premières notions de politesse données à l'enfant consistent à lui faire dire merci (31). Son comportement à table est réglé par des formules qui lui apprendront à manger ce qu'on lui donne : de la soupe (32), du fromage (33) ; à souffler sur ses aliments un peu trop chauds (34).

L'ironie est utilisée pour l’empêcher de prendre de mauvaises habitudes. On se moquera de celui qui ne s'applique pas pour écrire (35) (36) ; de celui qui pose sans cesse des questions, en lui donnant des réponses déplacées qui ne satisferont pas sa curiosité (37) (38) (39) (1185) (1186). Ce moyen est aussi employé lorsqu'un enfant fait une chute sans gravité (43) (44) (45) (46). On modérera l'enthousiasme d'un enfant pour qu'il considère les choses à leur juste valeur : on utilisera la raillerie pour diminuer sa fierté (40). À table, on calmera l'empressement d'un enfant en employant une formule amusante (41).

Si l'éducation est la principale préoccupation des parents, l'amusement tient aussi une très grande place dans la vie de l'enfant. C'est vers l’âge de cinq ans qu'il s'intègre au groupe enfantin. Les rondes symbolisent l'unité de cette nouvelle cellule sociale. Les filles et les garçons tournent en rond en se tenant par la main. Leur danse est accompagnée de chansons (42). Pour les distraire, on leur apprend aussi des comptines qui, tout en étant un jeu verbal (texte qui tourne sur lui-même), ont l'avantage de leur donner une leçon de géographie locale (318).... (384).